Un dernier passage

 


Sans doute, l’une de mes plus grandes fiertés - il ne s’agit pas seulement d’embellir les jardins, de dépoussiérer (désensabler) les communs, faire briller les vitres et nettoyer les chemins, mais d’assainir les locaux poubelles, de chasser l’asticot, de faire disparaître les odeurs, de proposer une autre expérience, 
une autre définition d’un lieu trop souvent redouté.

Dès mon arrivée, cela est devenu ma priorité - faire de ce chemin de croix, de cette descente aux caves, non plus une contrainte, mais un voyage, un soulagement, une récompense olfactive et visuelle 😃

Au fond, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Les poubelles.

Enfant, j’étais fasciné par les éboueurs, et j’enviais le plus chanceux, celui qui avait été choisi pour courir et sauter à l’arrière du  camion.

« La Poubelle ! La poubeeeelle » criais-je alors rituellement du haut de mes six ans, depuis le balcon résidentiel.

Plus tard, ce sont les caves de cette même résidence, qui allaient devenir mon terrain de jeux privilégié et aussi mon dortoir secret lorsque j’aménageais celle de mes parents en chambre douillette afin d’éviter une scolarité aussi épouvantablement matinale qu’ennuyeuse.

Je prolongeais ainsi mes rêveries de sauts héroïques à flanc de benne, jusqu’au jour où,

pour m’insuffler un peu plus de pugnacité, mon père m’avertira que « même pour devenir éboueur » il fallait obtenir le bac.

Ce qui, chez moi, produisit instantanément l’effet inverse et me fit renoncer à tout jamais à cette grande, palpitante et triomphante carrière.

Quelle fut donc ma joie, des années après, de pouvoir enfin m’approcher, en autodidacte, de la vocation suprême, en transmuant l’exhalaison de l’échec et du déchet, en fragrance de liberté, de réussite, de fraîcheur et de nouveauté !


Commentaires

  1. Vous n'avez pas fait qu'embellir les caves, mais c'est votre presence qui nous rassurait tant. votre départ est bien triste. Pat

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés